Réflexion d'eau : Quelques lectures de
l'œuvre d'Aïna Wallé

 

Robert Sanyas

L'œuvre singulière, solitaire et secrète d’Aïna Wallé est peu connue encore du grand public. Il en est d'elle comme de ses dessins précieux qu'une lumière trop vive finit par effacer.
À cette œuvre, marquée par la répétition d'un thème quasi unique, l'eau et l'extrême économie des  moyens, limitées à l'emploi d'une encre noire sur le blanc  du papier, la  rapprochent d'autres œuvres, fraternelles  malgré le temps qui  les sépare, semblablement marquées du souci d'interroger la présence avant la célébrations de ses richesses Monet, les Kakemonos.
Il est facile de situer ma première rencontre avec les encres d’Aïna Wallé puisque j'en ai conservé les traces.C'était dans son atelier au cours du mois d'octobre 2005.
Une impression de liberté et de spontanéité dans l'exécution comme si l'œuvre avait été peinte dans l'instant malgré la certitude que sa réalisation avait exigé un immense  labeur et nécessité de nombreuses séances de travail.
L'œuvre progresse ainsi ou chaque élément dialogue avec  tous les autres  ainsi  mystérieusement vivante, dans un état  intermédiaire entre l'achevé et l'inachevé. Mais autre chose se fait aussi jour dans l'œuvre d’Aïna Wallé qui la distingue du pessimisme existentiel, un autre sentiment, plus assuré peut-être, c'est une conscience nouvelle, mieux adaptée à la durée, la survie, une condition de spore qui lui permet de vivre.
Aïna Wallé est de cette race d'artistes qui attend de la peinture qu'elle renouvelle le regard que nous portons sur le monde.

Robert Sanyas , Toulon, février  2006

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Un solide sens de la clarté

L’eau possède la faculté de dessiner. La neige, en l’occurrence, nous l’a toujours signifié, qui sait draper les arbres, poudrer l’atmosphère, consteller et tout ensemble sertir la sublime dilution des êtres. La création est l’aptitude qu’ont certains d’entre nous à faire surgir du cœur d’une prose ou celui d’une toile une forme de prière. C’est là que nous sommes transpercés, entre le noir et blanc d’une révélation dont l’ampleur est celui des océans. Que ces derniers aient l’échelle d’un petit cadre ou celle d’une goutte d’eau. L’infini de l’œuvre d’art reste humain tout en exaltant l’absolu.
Quid donc de la couleur ? Au contraire.
La lumière n’est jamais qu’une encre de chine, a-t-on besoin de le rappeler ? Elle renforce l’huile qui est dans l’encre, la noirceur qui est dans la clarté, comme pour restituer l’énigme qui gît dans le paysage. Au fait, parler d’énigme, c’est commettre un pléonasme. Édifiant la lumière par touches successives comme si celle-ci faisait surgir le paysage du papier (lequel devient tour à tour le support des estampes japonaises ou de la gravure ancienne), Aïna Wallé esquisse des vagues, des maisons en forêt ou des fermettes en forme de fruits (la nature morte est un écho lointain). Ce sont de telles réverbérations… Le papier à été brossé à l’eau ; celui-ci, en retour, l’a gratifié de l’espace où l’intérieur et l’extérieur cohabitent comme au sein de l’instant où une lampe, suavement, éclaire. Si l’on demeure assez longtemps dans leur évidence, se rappellent alors à nous les murmures (en gris, cette fois) des intérieurs à la Bonnard. Ceux que j’ap­précie par-dessus tout, ce sont les grilles d’une espèce d’anneaux de Saturne, lesquels entraînent dans leur imperceptible mouvement un satellite qui est une planète ondée… Multipliant les esquisses dont la lecture se fait en sens inverse, flattant par une noirceur sans pareil des forêts de bambou et des maisons aux perspectives renversées et renversantes, Aïna Wallé s’attache à peindre un logis dont l’ossature serait l’eau elle-même.
Réfractions, fragments, coulées, coulures, taches amoureusement agglomérées constituent une forme d’autoportrait à l’eau dont la logique semble imparable. Tout bien considéré, la substance aqueuse nous rend tristes, mais cette tristesse nous est constitutive, c’est le lieu d’où nous venons : elle est l’origine du monde, la trace de la nostalgie en nous. D’elle naît l’émotion, ainsi que notre visage, son miroir. Une fois de plus, Narcisse est tenté d’embrasser son reflet. Aïna Wallé effleure cette matière vivante, et passe… Ce faisant, elle repasse l’édifice de l’être où, soutenue par quelque faveur, chaque détail advient comme dans un plan des plus concertés. Elle travaille à fleur d’eau, à fleur d’encre ; elle nous dévoile…
L’encre et l’eau nous mènent à des clairières où des maisons luisent au fond des bois tels des lavis, des cerisiers ou des pommiers du Japon, et telle la lumière qui vient des neiges lorsque la clarté s’est évanouie. Une manière d’œuvre dédie et suspend sa réponse, dissout et révèle comme si elle nous aidait à naître à sa vérité : une transparence faite pour être bue…

Nimrod , Amiens, 2006

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Et toiles de l’eau

Au fil de ses toiles Aina Walle nous embarque.
Voyage sur l’eau… Aux confins du rêve. Parcours existentiel.
Entre horizon et profondeur, elle nous emmène. Au delà des limites du réel  et de l’imaginaire. A perdre le nord. La tête.
Elle nous entraîne. On la suit sur le ciel des étoiles. Gouttes d’eau dans la mer, on flotte, aux sources mêmes de notre parcours invisible entre ciel et terre.
L’eau murmure. Miroite.
Tout s’éclaire.
Aina Walle donne à voir les facettes les plus insaisissables, ouvre le prisme du regard – des myriades de sensations  s’offrent alors au regard.
On se sent empli.
Compris.
Face à ses toiles, comme face au large, tout à coup, on respire.

Catherine Enjolet, Paris, 2004

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